Heureuse de ma rencontre avec Franck Thilliez le 6 Mai 2017, pour la sortie en avant première nationale de « Sharko », son dernier roman, je me suis permise de lui poser quelques questions. Oui bon… beaucoup de questions ! Je le remercie d’ailleurs pour sa patience, sa disponibilité et sa bonne humeur. Un très agréable moment en sa  compagnie !  Pour information, j’ai fait l’interview pendant qu’il dédicaçait ses livres, on a discuté longuement, et il a pris la peine de répondre à tout. Un auteur très accessible, vraiment !

Un excellent moment, de grands moments de rigolade avec Franck Thilliez, l’équipe de la médiathèque, mais aussi les lecteurs et passionnés, de belles rencontres. Bref, une journée exceptionnelle !

Voici donc la retranscription de cette petite interview complètement improvisée. Je vous passe les questions posées aux lecteurs présents, ce qui m’a permis de mieux comprendre son lectorat, et de papoter de livres ! J’ai d’ailleurs fait de très belles rencontres là bas !

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Interview de Franck Thilliez :

Moi : Dans « Sharko » vous avez utilisé des noms d’auteurs, comme Jacques Saussey par exemple en capitaine. C’est par hommage à votre amitié peut-être ?

Franck Thilliez : Oui oui. J’ai mis quelques noms de personnes de Facebook déjà. La plupart des personnages du roman sont des gens qui ont gagné leur place, leur personnage, grâce à un petit concours que j’avais fait sur Facebook. Et puis, oui, Jacques Saussey c’est vraiment un bon copain. Après, il y a aussi Vincent Dupire, qui est journaliste chez France 3 du Midi, qui m’avait demandé l’année dernière, donc je l’avais mémorisé et puis je l’ai mis. D’ailleurs, son rôle est bien gratiné. Bon il voulait un rôle de méchant, donc là …

Moi : Oui, parce que quand vous parlez du Capitaine Jacques Saussey, lors du passage au château d’eau, nous, l’image qu’on en a, en tant que lecteur, c’est lui. On le voit lui.

Franck Thilliez : Oui , et puis en plus, ça se passe par chez lui. J’ai vraiment poussé le truc jusqu’au bout. Et puis, ça sera la surprise, parce que je ne lui ai pas dit en plus. Je lui ai envoyé le bouquin, il le verra quand il le lira.

Moi : Et du coup, vous avez mis d’autres noms, comme Olivier Norek, Claire Favan, ou autres ?

Franck Thilliez : Non non, j’ai utilisé beaucoup de personnes de Facebook, donc il me restait très peu de personnages. Il m’en restait un ou deux que j’avais quand même réservé pour des personnes que je connais.

Moi : Et donc pour Sharko et Lucie, vous allez leur refaire des enquêtes en solo, ou vous les laissez ensemble ?

Franck Thilliez : Pour l’instant, c’est vraiment le duo. En fait les duos, de manière générale, dans tous les romans policiers, les flics fonctionnent par deux. Et puis, c’est vrai que quand on a un couple comme ça, qui marche bien et que les gens aiment bien, on les laisse ensemble. Moi, j’aime les voir ensemble. Et puis, on suit leurs aventures à eux deux.

Moi : Justement, par rapport à tout l’engouement qu’il y a autour du personnage de Sharko, vous n’avez pas peur que si vous décidez qu’il lui arrive malheur, vos lecteurs vous en veuillent un peu ?

Franck Thilliez : Si si ! Les gens sont accros, de manière générale, aux personnages qu’ils apprennent à connaître à travers les romans. Je l’avais vu avec les romans précédents. Avec « Angor » et « Pandémia », il y a un personnage qui meurt dans « Pandémia », et les gens m’en ont voulu, il s’y étaient attachés. J’ose même pas imaginer si c’est Sharko, je me fais lyncher! Je ne sors plus vivant de la séance de dédicace !

Moi : Au final, votre nom est souvent associé à Sharko et Lucie. Vous avez des idées d’enquêtes pour les suivants ?

Franck Thilliez : Non, c’est vraiment livre par livre. Je ne sais pas comment ils vont évoluer.

Moi : Parce que là, par exemple dans « Sharko », vous abordez une partie du thème du satanisme, et dans « Pandémia » vous parliez du Darknet. Comment ça vous vient, tous ces sujets, toutes ces recherches autour de ces thèmes là ?

Franck Thilliez : Ce sont des sujets que les gens ne connaissent pas forcément, et qui permettent de s’enfoncer un peu dans les thèmes les plus sombres. Ces personnages là ont toujours des enquêtes très noires,  avec des sujets un peu graves. Tout ça existe, et j’aime bien le faire découvrir un peu au lecteur.

Moi : Oui parce que là, le personnage de Ramirez est quand même très poussé.

Franck Thilliez : Il faut toujours des bons méchants, des grands méchants. Les gens aiment bien les vrais méchants. Et plus les méchants sont méchants, plus les lecteurs apprécient. Il faut toujours un méchant à la hauteur des personnages principaux. Comme dans les Batman, les James Bond, …

Moi : Pourquoi Arras en avant première ? C’est un attachement à la ville ?

Franck Thilliez : Oui, c’était l’occasion déjà, et puis en soutien à la librairie d’Arras. C’est bien aussi de faire des manifestations dans des endroits qui ne sont pas forcément les plus connus de la région, et puis mettre en avant les médiathèques, parce que c’est important. J’aime bien soutenir tous ceux qui gravitent autour du monde du livre.

Question posée par une lectrice : On ne vous a jamais fait la remarque que tel ou tel truand s’était inspiré d’un de vos romans ? 

Franck Thilliez : Ah non, pas encore. Il y a l’affaire Xavier de Ligonnès, qui avait enterré toute sa famille à Nantes, qui avait coulé une terrasse au dessus des corps, etc… Et il avait été vu dans un hôtel avec un bouquin de Bernard Minier dans ses mains. Il y avait eu tout un truc, autour du fait qu’il avait lu le bouquin, et qu’il s’était inspiré de ça. C’est assez troublant. Les histoires qu’on écrit sont tellement complexes et folles que c’est très dérangeant d’entendre ça.

Moi : Après, il y a les auteurs qui s’inspirent des tueurs en série pour écrire leurs livres. Comme Fabio Mitchelli par exemple, qui s’est inspiré de Jeffrey Dahmer pour écrire « La compassion du Diable« 

Franck Thilliez : Ah oui oui, ça il y en a pas mal. Je repense à l’affaire Xavier de Ligonnès, parce que j’avais pas mal regardé ce truc-là, et il paraît même que lui-même s’est inspiré d’un tueur qui avait fait pareil aux Etats-Unis. Quelqu’un qui avait voulu se débarrasser de sa famille sans laisser de traces, et donc il avait coulé une dalle au dessus. Il paraît, que lui, il avait vu ça et qu’il avait fait pareil. C’est compliqué de se débarrasser d’un corps …

Moi : Justement, dans « Sharko », Lucie est assez faible par rapport aux autres livres. On sent vraiment que c’est Sharko qui prend la barre et qui prend les initiatives et les risques. C’est un choix ? C’est justement pour mettre en avant Sharko ? Parce que d’habitude Lucie a du caractère, elle ne se laisse pas faire. 

Franck Thilliez : Il y avait de ça, c’est vraiment lui qui prend la main. Avec ce qui se passe, ça la laisse un peu K.O. Elle subit vraiment et ça permet de contrebalancer un peu sur Sharko qui lui prend la main. Ça aurait pu s’appeler « Lucie » en fait le livre, parce que c’est quand même elle qui commet l’acte au départ. Mais j’avais envie de mettre Sharko en avant, de le pousser dans les retranchements. Mais en général c’est vrai qu’elle est plus combative.

Question posée par une lectrice : ( Au sujet de l’adaptation cinématographique de ses romans ) Est-ce que vous allez avoir votre mot à dire sur par exemple le choix des acteurs, comme Sharko et Lucie ?

Franck Thilliez : Bon, c’est vraiment le tout début, mais normalement c’est prévu que je participe à l’écriture, donc déjà j’aurai plus que mon mot à dire la dessus parce que c’est moi qui vais imaginer les histoires. Après, les acteurs c’est très compliqué. Déjà, ça serait des français alors je sais pas qui. Moi pour Sharko, j’aime bien ne pas lui mettre de visage pour l’instant, le laisser un peu « Sans-visage », ça, ça me plait. Il y a un acteur français que j’aime bien c’est Tchéky Karyo, mais bon il est peut être un peu trop âgé maintenant pour le rôle de Sharko. Mais là, il a un peu plus de 60 ans, ça fait un peu vieux pour être Sharko.

Question d’une lectrice : Et vous n’avez pas peur d’être déçu , de les avoir comme ça en image ?

Franck Thilliez : Déçu ? Non, mais c’est vrai que chacun a sa représentation de Sharko.

Moi : Sur internet, c’est vrai qu’il y a beaucoup de posts qui parlent de ça. Et très peu sont d’accord, chacun a vraiment son propre avis et se fait sa propre image d’eux.

Franck Thilliez : Oui oui, voilà. Quand j’ai dit que j’allais mettre le visage de Sharko, en parlant du tampon, les gens disaient  » Ah non non, on ne veut pas le voir ! ».

Question d’un lecteur : Je voulais savoir au niveau de vos livres, à chaque fois vous parlez d’une pathologie, comme par exemple tout ce qui est au niveau de la radioactivité ou au niveau du cœur. Mais au bout d’un moment, vous allez être à court de pathologie ? …

Franck Thilliez : Vous allez voir, il y a encore de quoi faire ! C’est pas forcément des pathologies, disons plutôt que c’est un thème.

Question d’un lecteur : Travaillant en hôpital, je sais que tout ce que vous dites est très proche de la réalité. Et donc pour ça vous êtes en contact avec des chercheurs, des médecins ?

Franck Thilliez : Oui oui, par exemple pour « Angor », c’est autour des greffes d’organes. J’avais été à Lille voir des spécialistes. Je connais un médecin légiste qui me file des infos aussi, sur la médecine légale.

Moi : Et sinon dans « Sharko » vous vous acharnez un peu sur Nicolas Bellanger, j’ai envie de dire que c’est de l’acharnement, quand on voit ce qu’il lui arrive. Est-ce que le fait d’enquêter, c’est un peu une sorte de bouée de sauvetage pour lui ? 

Franck Thilliez : En fait j’essaie de pousser un peu tous les personnages principaux à l’extrême quoi, c’est un peu le but, de les pousser dans leur partie les plus sombres. Et je voulais qu’il ait ça à sa façon.

Moi : Parce que bon, dans « Pandémia », il souffre déjà, mais pas à ce point-là. Là, il est vraiment très bas…

Franck Thilliez : Oui, en fait, là ce sont un peu les conséquences de « Pandémia ». Il y a des gens qui réussissent à remonter la barre, et d’autres qui n’arrivent pas à se remettre. Lui est plutôt dans cet état là, il sombre. Et il essaie d’entraîner les autres dans sa chute, parce qu’il en a marre de tout. Mais après ça bouge un peu… Et puis en plus il est flic. Flic, c’est un métier dur. Il y a beaucoup de policiers qui souffrent de part leur métier. Il faut vraiment être psychologiquement solide et quand ça commence à descendre …

Moi : Je vais finir par croire que c’est une épidémie … Parce que dans « Ne prononcez jamais leurs noms » de Jacques Saussey, son personnage se fait enlever, séquestrer et quand même vachement malmener…

Franck Thilliez : Oui complètement, c’est aussi pour ça que les gens lisent nos livres, parce qu’ils aiment ça. Pour les lecteurs si tout se passe bien c’est moins rigolo….

Moi : Il y a plus de la moitié de vos lecteurs qui doivent être des fans du duo Sharko / Hennebelle à la base …

Franck Thilliez : Je pense que les lecteurs préfèrent que j’écrive une suite avec des personnages récurrents comme ça. Mais moi, je constate qu’il y a finalement le même nombre de lecteurs. On le voit aux ventes finales, ça se vend au même niveau, avec ou sans les personnages de Lucie et Sharko. Ça doit pas tant jouer que ça mais ils aiment les retrouver, ça c’est sur. Et même quand c’est pas les histoires des personnages, les lecteurs suivent quand même … Après, j’ai pas une seule année où un roman est détesté, c’est plutôt bien équilibré.

Moi : Vous pensez réécrire des huis-clos, comme « Vertige » par exemple ? Parce que « Vertige » était quand même fort niveau sadisme, etc…

Franck Thilliez : Oui oui, mais j’adore les huis-clos ! Après, il faut vraiment trouver les bonnes idées. C’est vraiment compliqué à écrire les huis-clos. Il faut trouver l’originalité, parce que comme il n’y a pas 36 solutions possibles pour en sortir… Enfin il faut vraiment trouver l’angle original quoi.

Moi : Dans « Vertige » ce qui était impressionnant c’était la chute finale, la toute toute fin, celle qui clôt vraiment l’histoire était géniale.

Franck Thilliez : Oui , les huis-clos ont vraiment besoin d’une bonne fin, plus que les autres. Après, certains lecteurs voient venir le truc avant, mais ça reste intéressant à lire et à écrire.

Moi : Et vous, vous avez une préférence pour l’un de vos livres ? Un qui vous a beaucoup tenu à cœur quand vous l’avez écrit ?

Franck Thilliez : C’est compliqué parce qu’on les aime tous. Mais , « Le syndrome E » j’ai beaucoup aimé. Il correspond à la réunion du couple Sharko / Hennebelle. Il correspond aussi au moment où j’ai changé de maison d’éditions, donc c’est aussi un changement dans ma vie. Mais « Vertige » aussi par exemple j’ai adoré l’écrire parce que c’est un huis-clos et j’adore ça ! Donc ils ont tous quand même leur importance et leur histoire. Dans « Sharko » j’adore ce qu’il arrive aux personnages. C’est comme si on vous demandait, quand vous avez des enfants, lequel vous préférez…

Moi : Alors oui, le premier truc que j’ai fait quand j’ai eu « Sharko » dans les mains, c’est d’aller voir à la fin, si oui ou non il lui était arrivé quelque chose ! Parce qu’il y avait tellement de stress autour du titre ..

Franck Thilliez : Ahhh, mais il ne faut jamais aller voir les fins des thrillers, ça révèle tout !

Moi : Et donc je suppose que le prologue de « Sharko », avec des requins, est fait exprès , justement par rapport à Sharko ?

Franck Thilliez : Oui oui, c’est un clin d’œil, avec le « shark » ( requin en anglais ) pour aller jusqu’au bout du truc. Ça aurait pu être quelqu’un qui sautait d’un pont, qui avait un accident, qui se faisait manger par des lions. Mais j’ai choisi les requins…

Moi : Qui a dessiné le tampon « Sharko » pour vos dédicaces ?

Franck Thilliez : C’est Mig ( avec qui il a participé à l’élaboration de la BD « Puzzle » ). C’est lui qui m’a donné l’idée quand je l’ai vu dédicacer « Puzzle ». J’ai trouvé l’idée vraiment sympa. On pense aux badges aussi … ( humour )

Moi : Vous mettez un peu de vous dans Sharko ? Par exemple, dans « Sharko », il va à la SPA, il s’attache aux animaux. Est-ce que c’est vous ?

Franck Thilliez : Oui , bien sûr on met un peu de nous dans nos personnages, ils viennent du plus profond de nous même. Il y a forcément un peu de soi, je pense que même inconsciemment. C’est vrai que j’aime beaucoup les animaux, j’ai eu des chiens quand j’étais jeune, jusqu’à il n’y a pas si longtemps que ça, donc oui, il y a toujours un peu de soi, c’est sûr. Après, le reste c’est inventé, heureusement d’ailleurs !

Moi : Et « L’anneau de Moebius », comment l’avez-vous construit ? Parce qu’il est quand même vachement complexe entre le passé, le présent et le futur du personnage …

Franck Thilliez : Alors j’ai tout noté sur une grande feuille qui faisait la taille de cette table ( environ 1m x 1m ), j’avais fait plein de petites cases, ça faisait un peu comme les jeux de taquins. C’est celui qui a été le plus complexe à construire. C’était un truc de fou celui-là, je m’étais bien pris la tête je m’en souviens …

Moi : Et pourtant, ce n’est pas celui qui revient le plus dans les livres cités par les lecteurs…

Franck Thilliez : Non, bizarrement. Sûrement à cause du fantastique dedans. Les lecteurs accrochent moins quand il y en a dedans .

Moi : J’ai aussi beaucoup aimé la préface de « Pandémia », quand la maladie se développe dans le bateau. Encore le côté huis-clos sûrement qui m’a plu.

Franck Thilliez : Ah oui, c’était une nouvelle que j’avais écrite et qui n’a pas été mise dans le grand format je crois, mais elle est dans le poche. Elle a été disponible sur internet pendant un moment, avant la sortie de « Pandémia ».

Question d’une lectrice : Lucie et Sharko, ce sont des gens que vous avez connu, ou c’est pure fiction ?

Franck Thilliez : Non non, c’est pure fiction. Mais bon, ils ont des traits communs de certaines personnes que je connais.

Moi : Vous avez prévu de ressortir d’autres livres en adaptation bande dessinée, comme « Puzzle » ?

Franck Thilliez : Pour l’instant c’est pas prévu non. Mig a embrayé sur autre chose. Après je pourrais le refaire avec un autre dessinateur, mais bon. Quoiqu’il serait partant, ça a bien marché. C’est question de temps aussi.

Moi : Parce que justement le côté adaptation en BD c’est super sympa. Ça ouvre à un public plus large, pour ceux qui n’aiment pas trop lire les romans par exemple.

Franck Thilliez : Ah oui, moi j’ai adoré faire ça.  Pour les jeunes c’est vraiment sympa.

 

 

Je remercie encore énormément Franck Thilliez pour sa disponibilité et sa bonne humeur. Et aussi une grosse pensée pour ma maman, qui m’a suivi mais qui ne s’attendait pas à y passer 4 heures ! Un bon moment, une belle journée, de merveilleux souvenirs !

Je vous met en lien ici la vidéo que j’ai faite sur sa saga Sharko / Hennebelle, et que Franck Thilliez a partagé sur les réseaux sociaux !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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