Édition Bragelonne Poche – Paru le 16 Mai 2018 – 288 pages

Synopsis :

principes mortels

Été 1979. Franck Servin, 18 ans, fuit le naufrage du foyer familial pour réviser son bac. Il trouve refuge chez son oncle et sa tante, dans une ferme isolée de la Creuse où, quatre ans plus tôt, son cousin Paul, presque son sosie, a trouvé la mort sur une route qu’il connaissait depuis l’enfance. Cette tragédie ronge insidieusement le cœur de ses proches, attendant son heure pour frapper de nouveau. En cet été 2011, elle semble avoir sonné. Franck sait qu’il va mourir. Il a quelques heures, quelques jours peut-être, pour laver sa mémoire et raconter ce qui s’est réellement passé, l’été de ses 18 ans.

 

 

Mon avis :

Un des premiers romans de Jacques Saussey, et qui est réédité cet été chez Bragelonne, pour mon plus grand plaisir. Jacques m’avait prévenu, il est différent de ses polars plus récents. Mais je n’ai jamais douté, et j’ai eu raison. J’y ai retrouvé la qualité de la plume de l’auteur et une ambiance pesante, à la limite de l’oppression. Du très bon. J’adore !!

L’histoire :

2011. Franck Servin sait qu’il va mourir et revient sur les lieux de son passé. Il prend le lecteur à partie, et lui explique tout ce dont il se souvient sur les événements qui ont eu lieu en 1979, plus de trente ans plus tôt. Il va pouvoir laver sa mémoire et consigner par écrit tout ce qui s’est passé cet été là, l’été de ses 18 ans.

1979. Franck part passer l’été chez son oncle et sa tante, dans leur petite ferme isolée de la Meuse, où quelques années plus tôt, Paul, son cousin qu’il considérait comme un frère, est décédé. Cette tragédie, qui a laissé son oncle et sa tante dans une tristesse sans nom va se raviver avec sa présence. Car Franck est le sosie de Paul, et le voir chez eux va raviver des souvenirs et des douleurs ..

Entre passé et présent

Nous commençons le récit aux côtés d’un Franck Servin fatigué et malade, qui voit la mort à sa porte et fait tout pour laver ses souvenirs et sa mémoire avant que la faux ne vienne le prendre. On sent déjà que les choses doivent être graves, en tout cas plus qu’il n’y paraît au premier abord. Il nous emmène dans une vieille maison isolée, pleine de poussière. L’endroit qu’il juge le meilleur pour écrire ses derniers souvenirs. Et c’est ainsi que nous nous retrouvons propulsés trente ans plus tôt, dans un passé où sa vie de famille tumultueuse l’oblige à aller passer l’été chez sa tante et son oncle, en pleine campagne, dans une ferme isolée desservie par un petit chemin caillouteux. Le ton est donné, tout va se jouer ici, entre herbes hautes et champs à moissonner, quand les secrets de famille sont plus forts que tout.

J’ai eu l’impression de voir défiler un film aux couleurs sépias, comme la couverture. Les quelques moments au présent nous laissent avec un Franck au bout de ses forces et de son besoin presque vital d’écrire ses lignes. Le passé nous envoie dans des couleurs plus chaudes, sous un soleil de plomb, laissant planer la chaleur écrasante comme si nous étions dans un four en surchauffe. La chaleur se ressent aussi dans la tension entre les personnages, de plus en plus étouffante et malsaine, voire agressive et sournoise. Ce qu’il va alors se passer dans cette ferme permettra à Franck et au lecteur de revenir sur l’accident qui a tué Paul, son cousin, quatre ans plus tôt, et il éclairera de faits nouveaux ce spectacle accablant.

Au final, trois temps se mélangent, nous faisant comprendre que le temps qui passe n’efface ni les souvenirs, ni la douleur, et n’atténuent jamais l’esprit de vengeance.

Une plume envoûtante

Jacques Saussey fait partie de mes chouchous. Il a une qualité d’écriture incroyable, une plume qui nous embarque dès les premiers mots dans le lieu et l’ambiance qu’il a choisis, laissant toujours passer ses messages avec une subtilité inébranlable et un soin du détail toujours plus surprenant.

Il m’avait prévenu que ce roman était bien différent de ses précédents, mais en soit, une fois ouvert, on n’a plus vraiment le choix. Que l’on soit d’accord ou non, on est embarqués. C’est tout c’est comme ça ! Peut-être son style plus littéraire qui nous brode un monde presque adapté à chacun et pourtant identique pour tous. Il nous met dans une ambiance qu’on ne peut oublier, même lorsqu’on sait qu’on doit fermer le roman. On y repense, on s’en est tellement imprégnés qu’elle reste là, comme une aura, à flotter à quelques distances de nous pendant encore quelques jours.

C’est à chaque fois un voyage, un embarquement dans une histoire cachant bien plus que ce qu’il n’y parait, et c’est cette subtilité et cette façon d’amener les choses et d’encliser les pièces qui font des romans de Jacques Saussey des valeurs sûres à mes yeux. Aborder la brutalité avec autant de douceur, c’est quelque chose d’incroyable et d’épatant.

En bref

Un roman glauque où la chaleur ambiante de l’été réchauffe la tension entre tous. L’été pendant lequel Franck était allé dans la famille pour réviser ses examens va se transformer en guerre ouverte, laissant présager le pire pour une famille déjà meurtrie de douleur.
Ici Jacques Saussey nous propose un huis-clos aux couleurs sépias, où les souvenirs et la douleur ne font pas bon ménage. Les dernières paroles d’un mourant souhaitant laver sa conscience, et mettre au clair ce qu’il s’est passé trente ans plus tôt.

Un auteur au talent qui n’est plus à prouver, avec une qualité d’écriture incroyable. Un huis-clos étouffant sous des températures de plomb, menant le lecteur dans les abîmes d’une famille au passé douloureux. Entre sensibilité et brutalité, on choisit notre camp et on décide d’avancer sans savoir ce qu’il adviendra d’eux et de nous. En bref, j’ai adoré !

 

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