Édition Albin Michel – Parution le 24 Octobre 2018 – 740 pages

Synopsis :

le signal

La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Falls.
Un havre de paix.
Du moins c’est ce qu’ils pensaient….
Meurtres sordides, conversations téléphoniques brouillées par des hurlements inhumains et puis ces vieilles rumeurs de sorcellerie et ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse leurs adolescents…
Comment le shérif dépassé va-t-il gérer cette situation inédite?
Ils ne le savent pas encore mais ça n’est que le début…

 

Mon avis :

La difficulté de chroniquer un roman de Chattam pour moi augmente d’années en années. Peur de passer pour une groupie n’étant pas capable de faire abstraction de son côté fan pour juger le roman comme il faut. Car oui, chaque année, c’est pareil, je jubile à la sortie de son roman, et je me laisse à chaque fois avoir par ce qu’il me raconte. C’est toujours un excellent moment de lecture, et bien souvent un coup de cœur. Bon, pas cette fois-ci ( pour le coup de cœur ) mais le plaisir est toujours intact.

Thriller fantastique

Pour ceux qui connaissent les précédents écrits de l’auteur, on sait qu’il est plutôt du genre multi style que cantonné à un seul. Il m’a toujours donné l’impression de prendre un plaisir incroyable à nous raconter des histoires, comme le faisaient nos surveillants le soir près du feu en colonie de vacances… Il le fait avec le ton, les sons, l’ambiance, et nous remue à l’intérieur jusqu’à ce qu’on ait réellement peur. Alors oui, il écrit des thrillers, mais avouez qu’ils sont effrayants! Je repense au tueur si barbare de « Prédateurs », ou à la violence des kamikazes de « L’appel du Néant », ou même encore à ce jeune homme prêt à tuer tout le monde dans ce lycée qui l’a vu grandir dans « Carnages ». Il est doué Mr Chattam, surtout pour nous faire cauchemarder !
Il a aussi écrit sa saga « jeunesse », mais encore une fois, le buveur d’innocence a beau être très imagé, c’est sûrement la plus grande terreur des parents…
Et puis on l’a déjà retrouvé dans un monde qu’il sait utiliser comme il ce doit : le thriller fantastique. Alors bon, les grands fans de Stephen King et compagnie sont surement habitués à ce genre de lecture, de mise en place et de points de faiblesses du lecteurs exploités avec brio ( cherchez pas, King, j’y arrive pas ! ). D’ailleurs, attention ça risque de piquer pour certains : pour moi « Le signal » est clairement un King amélioré, c’est à dire dans mon langage, sans longueurs inutiles et rébarbatives !

Ici Maxime Chattam utilise tous les ingrédients nécessaires à la préparation d’un bon roman qui vous fera frissonner. Ne vous attendez pas non plus à ne pas fermer l’œil de la nuit ou à cauchemarder pendant une semaine. Non, clairement, ce n’est pas un livre qui fait peur, mais qui inquiète, qui fait frissonner le lecteur, s’en prenant aux peurs primales de ses lecteurs. Quelle maman n’a jamais eu peur d’entendre quelqu’un chuchoter dans le Baby Phone ? Quel enfant ne s’est jamais persuadé qu’il y avait un monstre dans son jardin, près à tout pour venir lui croquer les pieds ? Oui, il va chercher là où ça fait mal, et très clairement avec moi, ça a marché ! D’autres en ont ri, ont trouvé ça bas ou mauvais, mais de mon côté j’ai adoré ! Je tiens quand même à préciser que certaines scènes étaient vraiment très dures, allant dans les détails visuels marquants et limite choquants ( non je ne suis pas hypersensible ! ).

La plume et le style

Car oui, il a son style, il a sa plume ! Tout comme je saurai reconnaître un roman de Jacques Saussey, on ressent directement si c’est écrit par Chattam. J’ai entendu beaucoup dire que Chattam écrivait mieux avant, que ses premiers étaient meilleurs. J’ai envie de dire : N’a-t-il pas évolué ? Je pense que si, bien sûr, comme chacun d’entre nous aussi, au fil des lectures, recherchant toujours plus noir et plus violent, quand de son côté, je ressent plutôt la recherche de subtilité, de métaphores et de plus de douceur. Il a évolué dans sa vie personnelle, normal que tout ça ait déteint sur ses écritures. Tout est aussi question de thématique : êtes-vous plus ou moins sensibles aux événements paranormaux ? Au terrorisme ? Au carnage dans les écoles ? Aux araignées velues ??

Pour ma part, j’ai été embarquée par cette histoire, cette famille fraîchement débarquée dans un petit village d’Amérique du Nord, devant faire face à l’impossible et au fantastique, laissant les esprits rationnels au placard, et n’ayant pas d’autre choix que de se battre pour protéger les siens. J’ai adoré l’ambiance, le côté historique donné à Mahingan Falls, les lieux abandonnés et les personnages tous très différents et aux rôles variés. J’ai frissonné de peur quand le bébé criait « clignote! » ou que quelqu’un chuchotait au Baby Phone. J’étais terrifiée quand ils voyaient apparaître des choses dans le noir, des choses inimaginables, s’approchant dangereusement de leur lit … Ou même encore quand ils entendaient gratter dehors…
Ce sont toutes ces petites choses, amenées de façon aléatoire, subtiles, dans l’histoire, qui ont fait que j’ai complètement adoré ma lecture. L’impression qu’il nous livrait une histoire comme le plat d’un grand chef cuisinier, parsemant seulement ce qui relève toutes les saveurs à intervalles réguliers. Pas besoin d’en faire trop, la plume de l’auteur et l’imagination du lecteur font tout le travail.

Vous pourrez me dire ce que vous voulez, il réussit à chaque fois à m’avoir. Je me fais embarquer de suite, peut-être parce qu’avec lui je range tous mes a priori et j’ai confiance en ce qu’il va me raconter, et la façon dont il va le faire ? Du coup je suis peut-être plus réceptive à son histoire, aux messages et aux sous-entendus ? ( et ce n’est pas le seul auteur pour qui j’ai ce sentiment ! ).

En bref :

Sur ce roman j’ai tout entendu , du très très bof à l’excellent. Je n’ai pas ressenti les même émotions que dans d’autres de ses romans, et pourtant j’ai quand même trouvé cette histoire vraiment excellente. La mise en place est longue à certains moments, mais c’est clairement un roman d’ambiance, et chaque pion a besoin d’être placé et justifié pour vous produire un final complètement fou, parti à 100 à l’heure, vous poussant à dévorer les dernières pages comme un avion avale les kilomètres.

La plume et le style sont toujours là, laissant la possibilité à l’auteur de jouer avec le lecteur comme un chat avec une souris. Nous ne sommes qu’un pion supplémentaire dans ce gigantesque terrain de jeu qu’est Mahingan Falls. Il nous balade, nous embarque, nous choque et nous attendrit, jouant avec nos nerfs avant de nous manger tout cru.

Cette ambiance noire et absolument terrifiante est vraisemblablement inspirée d’un autre auteur nord-américain, adepte de l’ambiance et des longueurs en tout genre. J’ai presque envie de dire qu’il a amélioré le concept ! J’ai vraiment adoré plonger dans cette petite ville tout à fait charmante au premier abord, mais cachant bien des secrets. Un conseil, tenez-vous éloignés des ombres…

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