Éditions Bragelonne – Parution le 16 Octobre 2019 – 278 pages

Synopsis :

sang[Sång] : nom fém. En suédois, signifie « chanson ».

En Suède, une famille est massacrée dans sa luxueuse demeure. Ce terrible fait divers rappelle sur ses terres Aliénor Lindbergh, une jeune autiste Asperger récemment entrée comme analyste à Scotland Yard : ce sont ses parents qui ont été assassinés.

Avec son amie Alexis Castells, une écrivaine spécialisée dans les crimes en série, la profileuse Emily Roy rejoint sa protégée à Falkenberg, où l’équipe du commissaire Bergström mène l’enquête. Ensemble, elles remontent la piste du tueur jusqu’à la guerre civile espagnole, à la fin des années 1930, lorsque le dictateur Franco réduisit toute résistance au silence, dans le sang.

 

Mon avis :

Johana Gustawsson a mis ici sa sensibilité, son talent, et ses mots sur une des plus grandes affaires du XXème siècle : Le Franquisme.

« Sång » c’est avant tout l’histoire de femmes et d’enfants, de violences et d’horreurs qu’ils ont subi et de la façon dont ils ont pu en réchapper… ou non.
On retrouve avec un plaisir sans équivoque Alexis Castells, auteure spécialisée dans les tueurs en série et la profileuse Emily Roy, nos deux héroïnes de « Block 46 » et de « Mör », et aussi à mon sens la présence très appréciable d’Aliénor, une jeune femme autiste à la mémoire incroyable et le commissaire Bergström, pilier de l’enquête menée.
La situation dans laquelle va se retrouver l’équipe va mettre leurs nerfs à rude épreuve, face à l’atrocité des meurtres sur lesquels ils devront enquêter.
Et sur la même construction que ses deux premiers romans, Johana Gustawsson nous propose un parallèle avec l’Histoire, où cette fois-ci elle n’hésite pas à faire remonter à la surface toutes les horreurs qui ont eu lieu en Espagne, vers le milieu du siècle dernier, sur la période appelée le Franquisme.

Mais « Sång » c’est surtout une impression de dénonciation. En lisant ce roman, vous comprenez bien que l’auteure a un message important à nous faire passer, une leçon à retenir, un moment de l’Histoire à ne surtout jamais oublier. Comme elle le dit si bien d’entrée de jeu :
« Les actes de violence décrits dans les chapitres historiques sont tirés de faits réels, reconnus et confirmés. Bien que cruels et peut-être, pour certains, à la limite du supportable, ils sont cependant édulcorés pour ne pas verser dans un pathétique malsain et ne pas trop heurter la sensibilité du lecteur. »
Et là, vous lecteurs, vous comprenez tout de suite que vous vous apprêtez non seulement à affronter des faits qui se sont réellement déroulés il y a moins d’un siècle, mais qu’en plus, et ça vous le sentez déjà, vous allez morfler. Et OUI ! Vous morflerez, je vous le dis. Vous prendrez pleinement conscience que tout ce qui est raconté ici noir sur blanc a été vécu, subi, toléré et même soutenu à une période pas si lointaine que ça. Vous serez écœurés par tant d’impunités, d’horreurs et de mensonges. Et vous comprendrez à quel point il est important de savoir ce qu’il s’est passé, pour en retenir une leçon et ne plus refaire les mêmes erreurs.

Je ne peux pas vous parler de « Sång » sans vous parler de l’incroyable personne qui en est l’auteure. J’ai rencontré beaucoup de monde à travers mes pérégrinations en salon du livre, mais incontestablement, j’ai été subjugée par Johana Gustawsson. Elle a une compassion et un altruisme incroyable. Sa gentillesse est sans limite, tout comme sa douceur. Alors pourquoi je vous raconte ça ? Non non, ce n’est pas pour me faire mousser, mais j’ai vécu l’expérience après une de ses séances de dédicaces où j’ai pu entendre de nombreuses personnes évoquer le fait qu’elles ne liraient plus ses romans de la même manière, qu’elles comprendraient peut-être alors mieux la sensibilité et les messages que Johana souhaitait faire passer à travers ses histoires.
En lisant « Sång », ne le prenez pas pour un polar ou un thriller ordinaire. Il y a ici un vrai message, quelque chose de réel, de tangible et malgré l’atrocité des faits, malgré l’horreur de la lecture, malgré certaines scènes choc, vous comprendrez que tout n’est que nécessité pour que le lecteur comprenne à quel point cette période historique, trop longtemps gardée sous silence, appelée couramment comme étant le Franquisme, a fait couler bien plus de sang et de violence que ce qu’on a bien voulu nous laisser entendre. C’est une période sombre, triste et cruelle, et qui pourtant est bien trop souvent occultée.

En lisant « Sång » vous allez vous sentir écœurés, révoltés, abasourdis qu’un tel déferlement et un tel acharnement aient pu avoir lieu sans que personne ne se révolte, et ne crie à l’injustice ! Vous serez touchés par la sensibilité de la plume, sa justesse dans les mots, sa façon de ne jamais en rajouter, pour que le lecteur prenne conscience lui-même que quand l’Histoire est affreuse, il n’y a aucun besoin d’adoucir ou de renforcer les traits, l’Histoire sait le faire d’elle-même. J’ai compris moi-même à travers ce roman qu’un livre peut nous faire voyager, visiter, rêver, mais il peut aussi nous montrer à quel point la réalité peut être cruelle, insidieuse et effroyable.

En bref :

Troisième opus des enquêtes d’Emily Roy et Alexis Castells, « Sång » marque ici un point d’honneur à nous révéler des atrocités bien trop longtemps gardés sous silence. La sensibilité de l’auteur et la finesse de sa plume font un mélange absolument parfait pour faire resurgir une telle violence historique. C’est parfait, car quand l’Histoire est cruelle, pas besoin d’en rajouter !

C’est l’histoire de femmes et d’enfants, qui bien loin d’une vie ordinaire devront affronter un véritable rouleau compresseur. Le franquisme à son apogée, ses horreurs et ses silences, le silence sur ses horreurs, l’horreur de ses silences. Un livre qui marque, tant par sa justesse que par sa finesse. Une plume puissante et fascinante. Une auteure talentueuse. Un roman éblouissant !