Éditions Fleuve Noir – Parution le 2 Mai 2019 – 552 pages

Synopsis :

luca » Existe-t-il encore un jardin secret
que nous ne livrions pas aux machines ? « 

Partout, il y a la terreur.
Celle d’une jeune femme dans une chambre d’hôtel sordide, ventre loué à prix d’or pour couple en mal d’enfant, et qui s’évapore comme elle était arrivée.
Partout, il y a la terreur.
Celle d’un corps mutilé qui gît au fond d’une fosse creusée dans la forêt.
Partout, il y a la terreur.
Celle d’un homme qui connaît le jour et l’heure de sa mort.

Et puis il y a une lettre, comme un manifeste, et qui annonce le pire.
S’engage alors, pour l’équipe du commandant Sharko, une sinistre course contre la montre.
C’était écrit : l’enfer ne fait que commencer.

 

Mon avis :

Une très bonne lecture, une thématique que j’aime retrouver, un cheminement de l’enquête différent de d’habitude mais on ressent directement l’aisance et la fluidité de ses écrits.

L’histoire

Tout commence par un couple qui ne peut pas avoir de bébé. Ils vont donc passer par une jeune femme, Natacha, pour en avoir un . Le deal est simple, elle donne un ovule, le mari donne du sperm et elle tombe enceinte. Sauf que tout n’est pas toujours tout beau tout rose …

L’équipe de Sharko découvre un corps sauvagement mutilé dans une caisse dans la forêt. Sharko qui a du mal à se faire à son nouveau bureau, sa nouvelle place.

Nicolas Bellanger voudra sauver la vie d’un homme qui était déjà condamné.

Rien ne semble relier toutes ces histoires, et pourtant…

La thématique

Un des gros points forts pour moi dans ce roman est la thématique abordée. Franck Thilliez nous remet les pendules à l’heure du numérique. Pouvons-nous encore cacher quelque chose à internet? Tout est suivi, localisé, photographié, listé, décodé. Les gens ne se parlent plus, ils s’appellent, s’écrivent des messages incompréhensibles pensant aller plus vite… Oui, vous me direz, c’est la génération qui est comme ça, c’est l’ère du numérique, ça nous simplifie les choses ! Oui MAIS : jusqu’où sont prêts à aller les gens pour se simplifier les choses, et aller encore plus loin dans la numérisation ? C’est ici tout l’art de cette thématique, et l’auteur nous prouve encore une fois son talent.
Il a réussit à l’explorer à fond, visant tous les extrêmes, tous les comportements liés à cet engrenage, qu’ils soient positifs ou non.

Je dois dire que ça a de quoi faire réfléchir. La façon dont il expose les choses nous fait prendre compte de choses auxquelles on ne réfléchis pas quand on prend notre smartphone, qu’on zappe sur les réseaux sociaux alors qu’on l’a fait cinq minutes avant, on pose un écran pour en prendre un autre, bref c’est un engrenage duquel on n’a pas réellement conscience le temps qu’on a la tête dans le guidon. Et c’est là que Frank Thilliez nous fait quand même réaliser à quel point ça peut aller très loin ! C’est la thématique qui a réellement fait que j’apprécie autant cette lecture.

Bien sûr, on y rajoute une touche de scientifiques et quelques données médicales, et on obtient un bouquin dense et argumenté !

( Petit aparté, cette thématique revient sur une mini série récemment sortie sur Netflix : « Unabomber », avec Sam Worthington et Paul Bettany. J’ai beaucoup aimé aussi ! )

Les personnages

Force est de constater que Sharko est tenace, il est toujours là, malgré tout ce qu’il a vécu et enduré. Alors perso, je l’adore. C’est même sûrement mon flic préféré ! Néanmoins, le fait qu’il se retrouve la majeure partie du temps en bureau, à régler plus de paperasse qu’à s’occuper des soucis de terrains m’a gêné. On sent clairement qu’il n’y est pas à sa place, une place qu’il n’aime pas de toute façon, et le fait qu’il s’efface un peu laisse plus de place à Nicolas Bellanger et Audra, la nouvelle recrue.  Un mal pour un bien ? Je ne sais pas, soyons honnêtes, Nicolas Bellanger est un personnage que j’apprécie moins, vraiment très secondaire à mon sens, malgré l’importance que Franck Thilliez commence à lui donner.

L’enquête

Aller, je l’avoue, j’ai soufflé autour des trois quarts du bouquin. Pourquoi ?? C’est simple, j’avais l’impression de les voir courir après des fantômes. La construction du roman m’a déstabilisé. On a l’habitude de les voir mener une quête de la première à la dernière page, les voyant viser la tête pensante ennemie. Avec « Luca », l’auteur a choisi de nous proposer la poursuite par paliers, ce qui m’a fait arriver au stade où je n’arrivais plus à savoir après quel méchant exactement ils courraient. Je ne veux pas vous spoiler, vous le comprendrez donc en lisant, néanmoins, je me suis sentie perdue vers la fin. Heureusement, ça n’a pas duré longtemps, on a fini par être remis sur les rails et nous rappeler quel était le lien entre tout ça depuis le début.

Le temps que nous sommes dans les confessions, le fait de voir les paliers et les cibles changer et se succéder au fur et à mesure de la lecture m’a un peu effrayé pour la fin. J’avais peur de ne pas tout comprendre. Et pourtant, là je salue encore une fois le génie de l’auteur, tout se recoupe enfin, tout a une réponse, tout est expliqué clairement, on comprend alors l’intégralité et l’étendue des fils conducteurs entre chaque affaire. Il nous a tissé une toile autour des personnages, à l’image d’internet et de tout ce qui se tisse entre chaque lien.

En bref

Internet et les secrets. Qu’est-ce-qui peut encore rester caché à l’heure de pointe du numérique ? Rien ! Et dans cette nouvelle ère, il y a tous les extrêmes ! Franck Thilliez nous propose ici une thématique tellement actuelle que ç’en est effrayant ! Il a creusé son sujet, tout en mixant avec une bonne dose de scientifique, pour nous proposer un roman qui a le don de faire prendre conscience de tous les enjeux de l’hyper connexion.

Les personnages ont un peu changé, et pas forcément en bien, et pourtant la cohésion de l’équipe est toujours présente. La construction du roman m’a un peu déstabilisé, mais le génie de l’auteur a su rattraper la chose en rassemblant tout à la fin, expliquant les liens entre chaque personnages, tissant une toile à l’image de celle d’internet. Chaque lien amène à un autre…

Plus qu’une enquête, une prise de conscience ?

Bonne lecture à tous !

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